Pour une République inédite

jeudi 2 avril 2015
par  Armand Legay

Cette tribune d’Armand Legay a été écrite avant les massacres du 7 janvier et les manifestations du 11 janvier 2015 qui ont montré que la République et la Nation sont encore au cœur de la culture des Français de toutes origines .

Pour une République inédite

Depuis 1984 nous assistons à un déclin de la Nation Française et surtout ces vingt dernières années comme jamais dans la période de l’après guerre. Ce déclin a pour conséquence la contradiction entre la France culturelle des traditions qui se met en tension avec cette réalité du moment économique et écologique historique que nous vivons. En effet, les politiques menées ces dernières décennies dans notre pays vers des réformes économiques de moins d’Etat, (privatisations, désengagement de l’Etat, suppression de la planification, etc.) en faveur d’une politique néo libérale européenne axées sur la mondialisation économique sont un malheur pour les peuples et la biosphère mais une victoire pour la finance internationale.


Fausses routes

Voilà où les classes politiques de tous bords ont conduits notre pays. Elles n’ont pas tenu compte de notre originalité. La complexification administrative des territoires et de l’Etat mis en place par celles-ci pour assurer leur pérennité avec ce libéralisme économique global a creusé un fossé avec notre Peuple. Aujourd’hui l’institution de 13 régions sans consultation de celui-ci cautionne l’avenir et l’existence même de la République Française. Cette complexification réfléchie avec l’aide de nombre d’experts de tous genres, surtout libéraux et européistes, a été mit en place en excluant les Français de toute réflexion et souveraineté en encourageant un abstentionnisme électoral généralisé. Comme aux USA, elle favorise les professionnels de la politique et une démocratie de type censitaire aux mains des financiers. Ces politiques, en faveur de l’Europe atlantique, ont affaibli les bases économiques, sociologiques, idéologiques, laïques, culturelles et structurelles de notre société liées à notre géographie, notre savoir faire, notre éducation, notre liberté spécifique.

Ce sont les raisons majeures de la montée du Front National et de l’absence de progression du Front de Gauche. A-t-il oublié que la noblesse de notre liberté vient de la Révolution, de la Nation et de la République qui sont une et indivisible ?

Liberté républicaine

Cette liberté républicaine française issue de 1789 et d’une logique de l’honneur du noble et du commun et ce, malgré notre vieille propension gauloise aux divisions et aux querelles, a conduit à toutes nos richesses, nos lumières, tant enviées dans le monde.

En effet, par ses terroirs particuliers, liés à un climat et une géographie propices, elles ont conduit à bâtir une terre viticole, agricole et industrielle originale liée à un capitalisme original. « Dans l’hexagone, perce sans cesse, sous l’unité linguistique et la rationalité administrative, la diversité des mœurs et des manières, qu’expriment la variété des vins ou des fromages et la violence des conflits idéologiques. Sans cette hétérogénéité, la France n’aurait jamais pu être simultanément individualiste et disciplinée,
travailleuse et hédoniste, croyante et athée, républicaine et monarchiste, fille aînée de Rome et de Moscou. Elle n’aurait pu accoucher d’un État fort et d’une société libérale (…) La France a donné au monde l’exemple de contradictions résolues, surmontées par l’affirmation de l’homme universel. » (Todd, 1998, p. 220)

Emmanuel Todd ne fait qu’exprimer brièvement la cause de ce particularisme, de même que le symbolisme et la tradition qui inclinent vers un rationalisme particulier et cette logique de l’honneur propre à un capitalisme typiquement français. Une autre des origines de ce productivisme français, tant décrié par les tenants du libéralisme global est le mercantilisme fondé par Colbert (1619-1683), dont le théoricien est Antoine de Montchrétien (1575-1621), économiste et dramaturge. Il aurait créé l’expression « économie politique ». Il exprime dans ses écrits que la richesse de l’État est liée à celle de la bourgeoisie et les ressources du Trésor aux biens publics. C’est ainsi que ce système postule que l’essentiel et la puissance politique et militaire d’un pays dépend de ses disponibilités en métaux précieux, de gagner de l’argent par des moyens multiples, de la masse monétaire dont il dispose, de son protectionnisme et de l’intervention de l’État dans tous les domaines. C’est cette économie politique qui a mené à la France moderne et sa richesse, jusqu’aux années 1990.


Endettement abyssal

Toutes ces politiques menées par ces mêmes dynasties de partis ont utilisé tous les moyens pour conduire les Français vers des réformes qui, plutôt que de consolider la masse monétaire, ont affaibli notre pays par un endettement abyssal de 2000 milliards d’euros en 2014 pour continuer à en faire une vache à lait de la finance globalisée. Les critères internes au capitalisme sont utilisés pour des réformes multiples (réduction des coûts, suppression de personnels, etc.). Ces critères sont devenus des normes de gouvernement. Ils se retrouvent aussi dans la conception des techniques numériques affluentes qui sont pensées vers une modification cognitive des individus pour le marché global uniquement. Cette manipulation subreptice des masses tend à faire croire que nous sommes en démocratie ; ce qui devient tout le contraire et peut nous mener vers un régime autoritaire.

Pour une Constituante

Ces échecs m’amène à proposer à chaque citoyen de l’Arc Républicain ayant cette noblesse de liberté républicaine de prendre ses responsabilités et à ne plus laisser les hommes et femmes professionnels de la politique qui croient penser pour nous. Le monde qu’ils nous construisent n’est pas le nôtre qui est celui de la vie avec toutes ses contradictions. Le leur c’est celui d’un complexe de puissance avec l’argent roi, de l’entre soi, du chacun pour soi, avec ce « machin » d’Europe atlantique au service des oligopoles internationaux.

C’est pour cela qu’avec d’autres organisations, nous proposons de revivifier la lutte de la résistance face au fascisme des années 1940 et du Programme du Conseil National de la Résistance du 15 mars 1944. Une comparaison à minima peut aujourd’hui se faire : La collaboration du Gouvernement de Vichy à l’expansion européenne du fascisme d’alors comporte, par similitude, une collusion que l’on retrouve aujourd’hui entre les gouvernements de l’UE28 et leur vassalisation à la finance internationale atlantique en particulier (les atrocités de la guerre et la Shoa en moins). Par la subsidiarité des droits qu’ont laissés ces Etats à la Commission Européenne, celle-ci ressemble à une autocratie, suppléée par des technocrates et techniques numériques politisés à son service dans tous les pays.

Ce programme du CNR était conçu aussi pour que ne ressurgisse pas le fascisme qui avait été éliminé par la victoire de 1945. Le 27 octobre 1946 dans la constitution de la IVème République une partie du programme du CNR fut repris. Mais le complexe de pouvoir des différents partis, déjà en collusion avec la finance, fut telle que d’aucun ne voulu travailler pour l’ensemble du Peuple de France pour que les fanatismes, que l’on voit aujourd’hui, ne réapparaissent pas. Cela a abouti à la Vème République de 1958 avec le Général de Gaulle. Si à partir de cette date, des institutions se mettent en place pour une culture pour tous, cela ne va pas dans le sens d’éradiquer les thèses fascistes encore fraiches depuis la guerre comme le voulait le CNR par un Ministère de l’Education Populaire. Pour autant, c’est cette période qui a vu de grands défis se réaliser et que les atlantistes n’ont jamais voulus : l’indépendance, l’expansion économique et politique, le respect de la Nation. En une phrase : « La renaissance de la France des lumières qui avait été couchée dans les draps sales de Vichy. »

Aujourd’hui, pour sortir du piège de la dette et de la vassalisation de la France à l’Europe germano-américaine et à l’OTAN, à la finance internationale sous hégémonie états-unienne, il nous faut rétablir notre indépendance politique et économique. Dans cette perspective, avec mes amis, nous proposons la mise en place d’une Assemblée Constituante élue au suffrage universel.

Pour amorcer et développer une réflexion et une dynamique vers cette Constituante et pour une République inédite, un compromis historique et l’Union du Peuple de France doivent être recherchés. Ils permettront de construire un large consensus en ce qui concerne l’élaboration et la transformation par les citoyens des institutions de la République et de leurs contenus et ainsi réinventer une véritable démocratie.

Armand LEGAY, Docteur en sociologie, 30 décembre 2014


Commentaires

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mercredi 8 avril 2015 à 08h10 - par  Jean PIERRE

Il me semble qu’il manque une dimension à votre argumentaire que je partage en majeure partie. En effet, nos institutions anciennes sont fondées sur le droit romain alors que les nouvelles se réclament du droit anglo-saxon. Cette modification des racines n’est pas sans effet sur l’ensemble. Il conviendrait donc de raoppeler solennellement notre rattachement aux principes fondamentaux de notre droit pour éviter les "déviations interprétatives" de nos institutions car cette pratique contribue, comme par un tour de magie, à déclarer obsolètes les valeurs qui ont servi de base pendant plusieurs siècles à notre pays.

Le travai s’avère long et difficile. En effet, un texte constitutionnel doit être le plus bref possible car il s’agit d’un cadre. ce cadre sera d’autant plus stable qu’il ne comportera pas de référence à des détails qui ne concernent pas ce niveau comme, par exemple, le système économique dont se réclamerait le pays à un moment donné.

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