Le Cameroun que nous voulons

mardi 13 octobre 2009
par  Marie Louise Eteki-Otabela

Cette intervention est issue du colloque sur la souveraineté populaire qu’avait co-organisé l’Association pour une Constituante.


Comme vous savez, je parle du côté des femmes et mon engagement politique s’inscrit ici -depuis plus d’un an - dans le cadre du mouvement de résistance camerounais qui date du début du 20è siècle. Un génocide…Un Roi pendu, le Prince Douala Manga Bell exigeait des Allemands qu’on lui rende non seulement ses terres mais son Pays, lui et d’autres illustres Camerounais sont au fondement de cette résistance à l’occupant qui compte aujourd’hui au moins trois mouvances : les nationalistes, les socialistes et les Nouveaux Mouvements Sociaux, parmi lesquels, le mouvement des femmes. Je suis allée leur dire trois mots.

40/50 ans de Françafrique ça suffit !

Alors c’est quoi exactement la France - Afrique ? Utilisé pour la 1er fois en 1955 par feu Houphouet Boigny, ancien président de Côte d’Ivoire pour définir les bonnes relations avec la puissance colonisatrice française, il était député français tout en militant pour l’indépendance de son pays. Au départ un concept « positif » dans l’esprit de l’inventeur du mot, c’est devenu un concept péjoratif depuis la parution du livre de François-Xavier Verschave. Devenu synonyme des réseaux d’influence française en Afrique et désignant une composante diplomatique des relations entre la France et les pays africains, généralement de la Francophonie, notamment ses anciennes colonies. « Françafrique », titre principal du livre de FX Verschave, le plus long scandale de la république, dénonce le néocolonialisme français.

Les présidents africains de première et de deuxième génération sont pour la plupart en train de mourir de leur plus belle mort : de vieillesse, au pouvoir. Ils laissent une image déplorable du pouvoir en Afrique. Il faut tout de même rappeler que tous ceux qui auraient pu être de bons, de vrais chefs d’Etat, au service de leur peuple, ont tous été assassinés…il y a là un premier problème qui renvoie à un passé plus ou moins lointain : comment ces pouvoirs ont été mis en place ? C’est toute la question coloniale. On est là dans la même logique qu’au Rwanda… Ensuite comment s’est faite cette décolonisation ? Il faudrait ici rappeler qu’un des livres qui l’évoque le mieux : « Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation » fut censuré, interdit (!) en France en 1972…

Ces présidents, ces régimes politiques nous furent imposés au moment des indépendances et aujourd’hui on veut continuer à nous imposer leurs fils : Zaïre, Togo, Sénégal, Niger, Gabon, etc. Faut-il comprendre qu’il n’y a plus aucun sens ni décence en politique ? Que la seule chose qui compte de nos jours ce sont les rapports de forces, et l’argent ? Il y a un des textes de notre dernier livre qui évoque cette dérive monarchique : chaque président même sur son lit de mort veut réviser la Constitution sinon pour garder le pouvoir, du moins le laisser à des fils qui souvent d’ailleurs ne sont pas connus pour être des lumières… Pourtant depuis 1948 (création de l’UPC) premier parti politique camerounais, nous n’avons pas arrêté de dénoncer, de combattre, de résister face à ce régime politique ! Mais les Français et les autres ne nous voient pas. En fait ils ne veulent pas nous voir ! Et le pire c’est que certains Africains eux-mêmes reproduisent ce discours aliéné et aliénant…Il n’y a personne d’autre que le président !

Les intérêts de la France contre l’humanité des Africains

Le président Sarkozy avait annoncé une rupture qui n’est pas venue. Et la situation de blocage est telle que cette rupture risque malgré tout de se produire : elle sera sanglante côté africain avec des génocides en série si non, les massacres habituels. Elle risque d’être irrémédiable pour les intérêts vitaux de la France en Afrique. Donc la fameuse rupture, pour l’instant se cantonne au niveau du discours : cynisme, arrogance et violence ont fait place à la diplomatie, même de la langue de bois. Mr. Fillion peut toujours essayer de s’accrocher aux branches : quelque chose s’est brisé là définitivement comme dit un internaute à propos de son voyage en Afrique : c’est trop tard [1].

Les piliers de la FrançAfrique sont toujours en place. On l’a vu au niveau du discours de Dakar : l’armature idéologique n’a pas bougé d’un pouce et la stratégie de blocage qui en découle est mise en œuvre aujourd’hui sur le terrain par les amis du président français : à coup de pratiques illégales des transnationales, [2] Elf-Total faits des bénéfices scandaleux en pleine crise économique ! De même pour le triste Bilan de Bolloré au Cameroun [3].Quant à Bouygues nous avons subi ces méthodes de destruction des entreprises locales dans le secteur BTP en 1988-89…Mais ses associés sévissent dans plusieurs autres secteurs stratégiques en Afrique ! C’est à ces gens que l’on a re-confié l’organisation de bien des secteurs de nos économies nationales. Sans oublier les « petits » comme Castel (6 milliards de chiffres par jour dans la seule ville de Douala, parait-il) ! Et on nous parle de « modernisation » dans ce contexte ?

Ils se sont repartagé l’Afrique à coup de trois ou quatre par pays sous prétexte des fameuses privatisations ! Pour les intérêts de la France, cette rupture reste nécessaire et peut faire tâche d’huile comme le vent de démocratisation dans les années 90. Il faut que la France s’engage dans un processus qui instaure la Démocratie au lieu du Totalitarisme en Afrique. Beaucoup de gens y compris les Africains, les jeunes Camerounais eux-mêmes d’ailleurs, ne comprennent pas pourquoi un pays comme le Cameroun qui a toujours eu dans toutes les générations des personnalités individuelles exceptionnelles, un mouvement de résistance permanent, et des richesses immenses, pourquoi ce pays n’arrive pas à sortir de l’impasse actuel.

La seule issue pour moderniser notre coopération

C’est parce que la France, patrie des Droits de la personne dénie aux Africains toute humanité depuis toujours. On essaie de sortir d’une relation paternaliste pour entrer dans un partenariat stratégique… » [4], ont dit les Français au cours de ce voyage au Cameroun. Les Africains n’y croient plus, les Français des Dom-Tom qu’on essaie de calmer avec quelques miettes non plus et les Comoriens « qui veulent rester français » encore moins : moi je trouve que ce genre de partenariat ne fait que renforcer le néocolonialisme en Afrique. Dans tous les cas, nous Comoriens, nous n’avons pas besoin de la France. Elle est le déstabilisateur de notre pays. Notre coopération débutera le jour qu’elle acceptera de quitter le sol comorien de Mayotte. A bon entendeurs, salut !
Pour tout résistant à l’ordre totalitaire, « l’idée d’une élaboration des accords de défense est déjà en elle-même, une intrusion inacceptable dans le concept de souveraineté nationale ». Toutes nos analyses, tous nos combats depuis 50 ans aboutissent à la même conclusion que cet autre internaute : « il faut dissoudre la FrançAfrique » [5] ! La France d’aujourd’hui ne sait pas comment s’y prendre ? Voilà pourquoi nous proposons cette Assemblée des Peuples [6], une nouvelle technique de règlement des conflits... Pour refonder les nations africaines sur une nouvelle base de coopération avec les Etats- Unis d’Afrique. D’ailleurs on ne comprend toujours pas quels sont les arguments qui militent contre la constitution de sous-ensembles plus viables qui peuvent démarrer dès demain avec des entités sous-régionales comme les Etats-Unis du Golfe de Guinée (ancien CEMAC) et laisser les vieux chefaillons et petits roitelets africains, grosses scories du passé, s’effacer doucement et sans violence.

http://mle.blogspirit.com
mle_otabela@hotmail.com


[1chacalhurlant, 22-05_2009

[2cf. l’article de Thierry.Brugvin@free.fr sur Internet.

[3cf. l’article de Thomas Deltombe : Port, Rail ,Plantation…Le triste Bilan de Vincent Bolloré au Cameroun

[4Shanda Tonme, Gouvernance des barbares et diplomatie des truands, in Le Messager du 05 mars 2009

[5Perregaux : c’est simple, il faut dissoudre la France-Afrique restante pour que vive l’Afrique

[6Eteki-Otabela, Pour une Assemblée des Peuples camerounais, le Cameroun que nous voulons ; éd. l’ Harmattan, Paris 1er Juin 2009.


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